FROM WAY BEFORE  
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© 2006 Koori to Hikari

 Paroles de Laynah




Je me réveille. Du moins j'ai l'impression d'être éveillé. La douleur n'était pas aussi forte que quelques secondes auparavant. Mais là, elle est lancinante aiguë et empêcherait quiconque de dormir. Pourtant, je ne vois rien. Tout est noir et j'ai froid. Mais je ne grelotte pas. Rien ne m'indique où je suis et si je suis encore en vie.

Pourtant, au fond de moi, je le sais. Je le sens. Pour une fois je veux faire confiance à mon instinct. Je voudrais tant être en vie. Mais rien… Aucun, son, aucune odeur… Rien… Je ne ressens rien… Est-ce cela la Mort? Être insensible… Je l'ai toujours souhaité mais…

Je cligne des yeux. J'ai l'impression de le faire. Mais, je veux être certain d'être éveillé de ce long cauchemar. Et je n'ai aucune certitude. Pourtant, je sens que quelque chose ne va pas. C'est anormal. Tout est anormal. J'essaie de savoir quoi, mais je n'obtiens aucune réponse. C'est comme si mon esprit était prisonnier de brumes glaciales.

J'ai toujours mal, mais la douleur est supportable. Elle semble s'estomper. Lentement, je bouge mes doigts sans qu'aucune douleur ne traverse mon corps. Peu à peu, je retrouve mes sensations et je soupire d'aise. Je me redresse lentement et laisse mon front retomber dans la paume de ma main droite. Ma tête me fait mal et j'ai de plus en plus l'impression que quelque chose ne va pas.

J'essaie de me souvenir. Que s'est-il passé? Pourquoi suis-je là? Mais aucune réponse. Aucune image, aucune odeur, aucun son, aucun goût ou toucher ne vient troubler mon cerveau. Rien qu'un vide oppressant.

Je suis réveillé. Je le sais. Le suis-je vraiment? Voilà que je me mets à douter. Je me mords les lèvres et le goût et l'odeur métallique du sang envahissent mes sens. Cela me rassure et m'inquiète. Je me sens rassuré car mes sens ne sont pas altérés. Je m'inquiète car je me souviens de rien et cette impression de malaise que j'ai depuis un moment m'envahit de plus en plus.

Lentement, je me lève. Apparemment je me trouvais dans un lit. Mais dans lequel? Où? Toujours des questions sans réponses. Mais elles ne me semblent pas importantes pour l'instant. Une oppressante sensation s'empare de mon cœur et comme pour la calmer et la chasser je porte ma main sur le siège de mes sentiments.

Mes jambes tremblent. Je suis faible. Depuis combien de temps étais-je allongé sur le lit sans activité physique? Pourquoi est-ce que je me sens si faible? J'essaie de résister. Par habitude…. Par habitude? Pourquoi par habitude? Que s'est-il passé? Pourquoi est-ce que je ne me souviens de rien?

Je n'arrive plus à conserver mon équilibre et je tombe. J'essaie de me retenir à quelque chose et mes doigts attrapent un bout de tissu. Mais cela n'arrête pas ma chute et je tombe à genoux. Je réprime un cri de douleur alors qu'une lumière intense chasse les ténèbres et agresse mes pupilles. Je cligne des yeux, ébloui, perdu et pourtant rassuré de retrouver la luminosité. Je lève la tête et j'aperçois le ciel bleu à travers une fenêtre.

Le ciel… Si bleu, comme un souvenir que je garde précieusement en moi. Mais lequel? En tout cas, cette couleur m'apaise et je ne me sens plus oppressé. Je regarde autour de moi et peu à peu je parviens à me situer. Cet endroit m'est très familier et je comprends pourquoi. J'y ai vécu pendant des années.

Soudain, tel un puissant raz de marée, tout me revient, balayant tout, imprimant tout dans mon esprit et mon cœur, les bons comme les mauvais souvenirs. Combats, pleurs, douleurs physiques et morales, trahisons, tristesse, sang, rire, sourire, horreur, abandon…. Tout m'envahit et je ne peux lutter contre ces sentiments qui me font mal, me déchirent, me brûlent et me lacèrent.

Et soudain, ce que je n'arrivais pas à comprendre, l'étrangeté que je ressentais trouve sa réponse. Je devrais être mort! Je le devrais! Mais je suis vivant! Par je ne sais quel miracle je suis vivant.

Mais si je le suis… Alors, LUI?!!! Sa silhouette de dos, ses longs cheveux blonds flottant dans la brise vespérale envahit mes pensées. Où est-il? Est-il lui aussi vivant? Mon cœur s'affole. Je veux une réponse mais la tête me tourne. Il faut que je sache. Seul cela a de l'importance désormais. Je me relève et chancelant, je me précipite hors de ma demeure, ne faisant pas attention aux multiples douleurs qui traversent mon corps malmené.

Je veux savoir. Je veux le voir et je veux surtout tenir la promesse que je me suis faite. Tout en conservant un équilibre précaire, je cours ou plutôt marche rapidement vers le plus proche passage souterrain. Je m'y engouffre et je descends les escaliers étroits le plus rapidement possible, trébuchant, me rattrapant aux parois rugueuses, m'écorchant les mains. Quelle importance!! Je veux le voir! Je veux le revoir. Mon soleil…

Take my hand right now

Je débouche enfin près d'un Temple. Je sais que c'est le sien. Timidement j'essaie de projeter mon cosmos en sa direction mais je m'aperçois que j'ai du mal à le contrôler et surtout qu'il est très faible. Je déglutis. Je ne veux pas pénétrer dans son Oikos. Pas après ce qui s'est passé. Je n'en ai plus le droit.

Le cœur battant à la chamade, le souffle court, je tourne le dos à l'imposant temple grec et je me dirige vers sa maison. Mon être tout entier se tourne vers cette petite demeure où il espère qu'il sera là. J'essaie de nouveau d'utiliser mon aura, mais j'abandonne tout de suite me rendant compte que faire cet effort m'épuise encore plus qu'autre chose.

Je pénètre à l'intérieur de la maison. Tout est à sa place. Rien ne semble manquer. Mon cœur se met à battre plus vite. Cela veut dire qu'il est là. Du moins, je l'espère. Je veux le croire. La pièce principale est éclairée et peu fournie donnant une impression d'impersonnalité. Mais après tout, quoi de plus naturel pour nous?! Mais la pièce est vide et je me dirige vers la porte se trouvant face à moi.

Chancelant, épuisé, je déglutis et j'ouvre la porte de sa chambre. Tout comme la mienne, elle est plongée dans l'obscurité. De nouveau, une impression de malaise m'envahit et j'hésite sur le pas de la porte essayant de voir s'il est là. Mais curieusement, la lumière ne parvient pas à éclairer cette pièce et je ferme les yeux. J'essaie de ressentir sa présence, son aura, mais je ne parviens pas à me concentrer, trop inquiet.

Le son de ma respiration, de mon cœur battant à la chamade suite à l'effort que je viens de fournir et à l'inquiétude est la seule chose que j'arrive à percevoir distinctement.

J'entre lentement et de plus en plus inquiet, je ferme la porte derrière moi. J'ai envie d'être seul avec Lui. Je me retrouve dans l'obscurité mais je n'ai curieusement plus peur. La seule crainte que j'éprouve au fond de mon cœur est de ne plus le revoir. Ce serait trop injuste. Mais après tout, ce ne serait que justice après ce que j'ai fait par le passé. Mais lui mériterait plus que quiconque de vivre.

Lentement et à tâtons, je me dirige vers la fenêtre. Je sais où elle se trouve. Ce n'est pas la première fois que j'entre dans sa chambre, mais, aujourd'hui je suis intimidé. Ma main rencontre soudain le mur de pierre et je le longe. Brusquement, mes doigts rencontre une autre texture. Du tissu… Les rideaux…

Fébrilement, je tire dessus pour les ouvrir. Je ferme les yeux lorsque la lumière envahit la pièce. Je me sens moins oppressé et la chaleur des rayons du soleil caresse ma peau. Je pousse un petit soupir de soulagement. Plus qu'autre chose, cette chaleur m'apporte la preuve que je suis bel et bien en vie. J'entrouvre mes paupières et je regarde sur la gauche.

Il est là! Allongé sur le lit, ses longs cheveux blonds étalés sur son oreiller faisant une auréole dorée qui s'illumine sous les rayons de l'astre solaire. Son visage est paisible, inexpressif. Mon cœur se serre à cette vision. Il paraît être mort. Depuis combien de temps est-il allongé ainsi? Certainement depuis un moment, mais ce qui m'inquiète c'est qu'il ne semble pas avoir bougé. Or ce n'est pas dans ses habitudes…

Déglutissant et luttant contre l'angoisse qui m'étreint, je me dirige vers son lit en faisant le tour, le détaillant, l'observant, comme lorsque j'étais un enfant et qu'il dormait près de moi. Je me trouve près de lui et tremblant je m'assois près de lui, sur la fine couverture. Il ne réagit pas et je me mords les lèvres.

Ma main droite se dirige vers la sienne et le bout de mes doigts touche sa peau. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Elle est chaude et la vie palpite en lui. "Tu as toujours été très puissant" lui dis-je avec émotion. Je prends sa main dans la mienne, mais, ne la serre pas, sentant cependant une douce chaleur se répandre dans mes veines et mon corps. "Tu me fais toujours cet effet, malgré les années qui ont passé."

"Réveille-toi…" dis-je en me penchant vers son oreille. "Réveille-toi… Et prends ma main comme autrefois…"

Mais il ne bouge pas et mon cœur se serre. J'ai mal… Si mal et pourtant…. Je serre sa main, espérant communiquer un peu de chaleur et de volonté de se réveiller. Je ne l'abandonnerai plus. Plus rien ne me séparera de lui, si ce n'est son refus de mes sentiments pour lui. Mais, pour cela il faut qu'il se réveille.

Just slowly open your eyes

Mon pouce caresse la peau douce de sa main. Je la regarde un long moment, ne pouvant détacher mes yeux de cette main fine et pourtant si virile. Je regarde l'autre. Des mains que j'ai toujours voulues prendre et caresser. Des mains dont je rêvais qu'elles parcourent mon corps laissant leur marques éternelles sur ma peau.

Mais, une seule fois je les ai senties, ou plutôt avais-je voulu les sentir. 'Je t'entendais, mais je ne sentais plus rien. J'entendais ta détresse et ton incrédulité. Je suis désolé de t'avoir fait autant souffrir. Je ne voulais pas, mais notre devoir… Notre devoir…? Méritait-il que je te fasse souffrir autant? Je me hais pour ce que je t'ai fait...'

Je me mords les lèvres. "Réveille-toi" fais-je avec émotion et dans un murmure. Lentement et inconsciemment ma main gauche se dirige vers son front et mes doigts se perdent dans les mèches blondes et soyeuses de sa chevelure. Puis, ils descendent le long de son arcade sourcilière gauche puis sur sa joue. Sa peau est si douce. Mon cœur bat de plus en plus vite. Je me reconnais à peine. Jamais je me serais permis de tels gestes à son égard auparavant.

'Je veux revoir tes yeux si bleus, si purs qui m'ont toujours permis d'aller de l'avant. Je veux voir ce morceau de ciel que tu possèdes en toi, qui m'apaise et me permet de rester un être humain à part entière.'

"Ouvre les yeux. Regarde-moi. Je t'en supplie. Je sais que ce que j'ai fait était impardonnable. Mais je t'en prie, réveille-toi. Ne me laisse pas seul dans ce monde qui serait si froid et inhumain sans toi."

J'ai de plus en plus de mal à contenir mon émotion et je me mords les lèvres. Je serre sa main dans la mienne. J'ai si peur. Tellement peur qu'il me repousse et pourtant, je ne peux pas briser cette promesse que je me suis faite. "Réveille-toi…." lui dis-je en essayant de mettre toute la chaleur dont je suis capable dans ma voix. "Par Athéna… Ouvre les yeux, je t'en prie…"

Ses paupières papillonnent alors que ses sourcils se froncent. Mon cœur s'arrête et je guette le moindre de ses gestes. Il pousse un petit gémissement. Il a mal et il souffre. J'ai envie de le prendre dans mes bras, de le serrer contre moi afin d'ôter cette douleur que j'ai moi-même ressentie. Mais je ne le fais pas.

Il ouvre ses yeux et les cligne, certainement à cause de la lumière. Je ne dis rien et je serre juste un peu sa main, l'encourageant silencieusement à lutter contre la souffrance. Mais, il est fort. Je le sais. Comme toujours, il vaincra la douleur. Ses yeux bleus sont flous et il a du mal à les garder ouverts. Ils reflètent ce qu'il ressent comme la souffrance, et l'errance de son esprit.

"Cela va passer.." lui dis-je en lui donnant un petit sourire.

Il tourne son regard vers moi et me fixe des yeux. Ils sont vides. Aucune reconnaissance ne traverse ses pupilles d'azur. Aucun sentiment n'altère la beauté de son visage. Mon cœur se serre et saigne. Il m'a oublié… Il ne me reconnaît pas. J'ai envie d'hurler, d'injurier les dieux mais aucun son ne sort de ma gorge. Je me contente de le regarder, espérant qu'il me reconnaisse.

Remember me from way before?

J'essaie de me calmer et d'apaiser la douleur que je ressens en voyant ses grands yeux vides. Je me dis que c'est normal. Il revient à la vie lui aussi et il est aussi perdu que je pouvais l'être il y a quelques instants. Je sais ce que cela fait… Je l'ai vécu deux fois. La perte de la mémoire, la souffrance, la perte de son identité…

'Mais, tu ne peux m'avoir oublié, n'est-ce pas? Pas après tout ce que nous avons vécu ensemble. Je ne peux l'accepter. Je t'en prie, souviens toi… Souviens-toi de moi! Au nom de notre amitié! Au nom de l'amour que je te porte! Ne m'oublie pas!'

Mais ses yeux bleus, froids et inexpressifs restent fixés sur moi. Aucun son, aucun geste… Rien… Mes lèvres tremblent et je sers un peu plus sa main. Je caresse sa joue. Je me mords les lèvres. C'est trop injuste, Athéna! Trop injuste!! Pourquoi resterait-il ainsi alors que je peux être comme les autres?

'Je t'en prie…Souviens-toi de moi… Je t'en supplie! Je ferais n'importe quoi pour toi. Tu es important pour moi! Plus que tu ne peux l'imaginer. Je ne veux plus vivre sans toi.'

Ses yeux se ferment et je détourne mon regard. Je lui fais peut être horreur. Après tout cela n'est pas impossible. Mon physique prête à confusion, et la plupart du temps effraie les gens. Ne me reconnaissant pas, il est normal qu'il ait peur de moi. Je ferme les yeux. Cela me fait mal, car lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, il n'a pas détourné le regard. Il semblait intrigué, mais pas à cause de mon physique, mais à cause de mes origines. Il était un des rares qui semblaient m'apprécier pour ce que j'étais, bien que je ne sache pas ce que j'étais en réalité.

J'ai envie de pleurer, car j'ai l'impression d'avoir tout perdu. De l'avoir perdu. Je ne pensais pas souffrir autant. Je ravale ma peine et les larmes qui me piquent les yeux. Mentalement, je secoue la tête. Jamais auparavant je n'avais tant exprimé mes sentiments et si facilement. Je prends une grande inspiration et je me retourne vers lui, ma main tenant toujours la sienne.

Il ne se souvient peut être de plus rien. Mais, peut être est-ce une chance. Celle de me faire aimer de lui, celle de me faire pardonner pour ma trahison. Mon cœur semble plus léger, mais cette appréhension que j'ai depuis qu'il a ouvert les yeux reste tapie dans un coin, prête à ressurgir à tout instant.

Il a rouvert ses yeux et me regarde toujours fixement essayant de se rappeler, de mettre un nom sur mon visage, de le retrouver dans sa mémoire nébuleuse. Mais, il ne semble pas y parvenir et une étrange lueur éclaire ses pupilles bleues. Je ne sais quels sentiments les animent Frustration, tristesse, découragement peut être. C'est ce que je ressentirais à sa place.

"Ne t'inquiète pas" lui dis-je dans un murmure, "tu vas retrouver tes esprits bientôt" lui garantis-je. Son regard semble demander mon nom. Mais, je ne le lui révèle pas. Je veux qu'il s'en souvienne par lui-même. Je ne veux pas lui donner le sien aussi, pour les mêmes raisons.

On and on we go

Il ne me répond pas et tourne la tête très lentement vers la fenêtre. Il reste ainsi à contempler le ciel bleu, m'ignorant, oubliant ma présence. Il est touchant ainsi. Son air à la fois perdu et grave me montre une autre de ses facettes que je n'avais jamais vue auparavant. Je n'en l'aime que davantage. Et malgré le fait que nous nous connaissons depuis des années, il continue à m'étonner et à faire bondir mon cœur. Comme maintenant…

Je ne sais plus quoi penser, ni quoi faire. Cela a toujours été ainsi. C'était lui qui me guidait qui me montrait la voie à suivre. Il est après tout mon aîné. Mais maintenant, je suis seul et je ne sais comment réagir à cette situation que je n'avais pas envisagée.

Nous nous soutenions autrefois et malgré notre longue séparation, nous avions retrouvé ce nous avions vécu ensemble. Nous avions retrouvé notre complicité, amitié et confiance mutuelle.

Je tourne la tête vers la fenêtre et je regarde le ciel, les souvenirs m'envahissant. La mémoire d'un temps heureux et innocent. Un temps que j'ai détruit de mes propres mains, au nom du devoir. Je le regrette et pourtant je vois mal comment je pourrais changer le passé.

'Tu ne t'en souviens pas encore, mais cela te reviendra. Tu ne peux oublier cette partie de ton passé. Si cela était, alors tu n'aurais plus de passé… Je ne pense pas que je l'accepterai.'

Depuis toujours lui et moi sommes ensembles. Je ne me souviens presque plus de ma vie avant de l'avoir rencontré. Les bribes de mon passé très lointain n'apparaissent que dans mes rêves et encore. Pour ainsi dire, ma vie a véritablement commencé avec lui. Nous étions les deux meilleurs amis. Je l'admirais, l'enviais. J'avais besoin de lui, de sa présence, de son soutien. Jamais je ne lui ai avoué à quel point sa présence et ses paroles comptaient pour moi. Cela me réconfortait au delà de ce qu'il pourrait imaginer. Je ne voulais pas paraître encore plus faible que je ne l'étais. Que je le suis encore. Pourtant, je suis certain qu'il ne se serait jamais moqué de moi. Malgré son attitude futile, je me rendais compte qu'il était toujours sérieux avec moi, beaucoup plus qu'avec les autres. Comme si j'étais un être à part. Peut être étais-je différent pour lui? Mais dans quel sens? Je ne le saurai certainement jamais.

Mais toujours, nous avancions vers le futur à l'encontre de notre destinée, ensembles. Il m'encourageait, me poussait à me surpasser et à ignorer ce que les autres pouvaient penser de moi. Il m'entraînait à sa suite, me protégeant et me faisant découvrir la vie, l'amitié, la chaleur humaine. Des souvenirs et des leçons que je retenais et qui m'avaient soutenus lors de notre séparation.

Je lui dois tant, et je ne peux rien faire pour lui, maintenant. Être fort physiquement mais être incapable d'aider la seule personne chère à son cœur… Quelle ironie…

Until we find what we've been searchin' for…

Il est devenu un Saint. J'en suis devenu un. Et pourtant, au fond de moi, je sentais que je n'étais pas destiné à en devenir un. Je n'avais pas la motivation pour. Mais, en le voyant, en le côtoyant, je me suis rendu compte de la fabuleuse destinée qui nous attendait. Je lui faisais une confiance aveugle et je voulais croire en cet avenir qu'il décrivait si magnifique et si beau, alors que je n'avais aucune destinée au départ.

Pour Athéna… Nous sommes devenus des Saints pour le bien d'Athéna. Mais, ma véritable motivation à devenir un Saint c'était lui. Je voulais le remercier et le protéger. Certes, c'était une raison personnelle, mais après tout c'était une raison comme une autre. Il a certainement toujours pensé que c'était pour une autre cause que je suis devenu un protecteur d'Athéna. Je n'ai jamais démenti cela. Nous n'avions jamais abordé ce sujet. Mais si nous l'avions fait, je ne le lui aurait pas avoué.

Mais en fait, je voulais le protéger. Il était si imprudent, intrépide et zélé, si absolu. Il risquait sa vie parfois de façon absurde, alors que j'avais besoin de lui. Il m'inquiétait. Je voulais être inquiet pour lui pour justifier la raison pour laquelle j'étais devenu un Saint. Elle n'était pas plus valable que La Sienne, mais je refusais de voir la réalité en face. Je voulais être près de lui.

J'ai énormément souffert, j'ai dû me faire violence pour empêcher mon sentiment de révolte d'anéantir le seul moyen que j'avais de le revoir et de rester près de lui. J'étais dépendant de lui, de plus en plus. J'ai bravé mon maître, je me suis fait haïr par tous ceux qui me considéraient comme un être incapable de devenir un Saint. Tout cela pour lui. Pour revoir ses yeux bleus, ses cheveux blonds, ses sourires si apaisants.

Pour lui…

Je suis devenu un Saint, un être qui n'est plus humain et qui ne doit plus avoir de sentiment. Mais j'ai réussi à accéder à ce statut par amour, pour lui. Les sentiments qui ne doivent pas nous envahir m'ont soutenu pendant ces six années d'entraînement. Quel paradoxe et quel refus de ma part! J'aurais peut être moins souffert. Il aurait peut être moins souffert, et aujourd'hui, il se souviendrait de moi.

'Je recherchais désespérément la considération de ta part, ton amitié, ton amour. Qu'ai-je obtenu? Rien, j'en ai bien peur. Et toi? Quelle était ta recherche? Que désirais-tu le plus au monde? Devenir un Saint et servir Athéna? Je me rends compte à quel point je ne te connais pas, que je ne te comprends pas. J'avais cru pendant des années le pouvoir, mais c'était impossible.'

Mais maintenant…

If you could just believe

In you and me to see

'Je t'en prie! Ne me regarde pas avec de tels yeux si vides et si inexpressifs! Ce n'est pas toi! J'ai tant besoin de t'avoir près de moi! Je t'en prie, fais-moi de nouveau confiance…'

Je déglutis et je serre sa main. "Me reconnais-tu?" m'enquiers-je, mon cœur cessant de battre attendant sa réponse.

Il me regarde étonné, essayant de trouver la réponse en moi. Mais que puis-je lui donner? Il a la clé de sa mémoire en lui… Cela me met hors de moi, mais je me retiens. Il n'est pas responsable. Après tout, je suis le seul responsable de son état. Je m'étais juré de le protéger et je ne l'ai fait que souffrir et surtout je l'ai trahi.

Mais, je ne l'abandonnerai pas à moins qu'il me le demande. Je serre un peu plus sa main comme pour l'encourager à retrouver ses souvenirs de moi en lui. Il secoue lentement la tête de droite à gauche et mon cœur se brise. Ainsi je n'étais pas aussi important pour lui que je le pensais. Cela me fait mal… Je souffre et j'ai envie de hurler. Mais mes années de pratique et de tromperie m'évitent de me rendre ridicule à ses yeux.

'Tu n'as pas pu m'oublier ainsi! Non! Ce n'est pas possible!' Je me mords les lèvres et baisse les yeux. 'Que dois-je faire pour que je fasse de nouveau partie de ta vie?' Comment lui redonner confiance en moi?

Je me penche vers lui et caresse ses cheveux blonds et soyeux. "Refuses-tu de te souvenir de moi car tu n'as plus confiance en moi?" Aucun frisson, ni clignement des yeux de sa part. "Je sais que j'ai trahi ta confiance, autrefois..." Je baisse la tête ne pouvant soutenir ce regard vide. "Je te demande pardon." Je continue à lui caresser ses cheveux, incapable de faire autre chose. Je me sens si maladroit, comme toujours. Mais, cela vient sûrement de la façon dont j'ai été élevé, éduqué et entraîné. Je ne pouvais agir autrement. Je ne sais pas agir autrement. Seul lui peut m'apprendre… Mais, le voudra-t-il?

"Pardonne-moi. Je t'en prie. Fais-moi de nouveau confiance…" Je dois sembler si pathétique mais comment exprimer mes sentiments, ma culpabilité à cet être qui ne se souvient de rien et que j'aime? J'ai tant besoin de sa confiance…

Comme avant…

Comme lorsqu'il prenait ma main et m'emmenait à travers le Sanctuaire. J'attendais ces instants avec impatience. Sa confiance en moi me réchauffait, m'emplissait d'un sentiment dont je ne connaissais pas la nature à cette époque. Maintenant, je le sais et j'ai peur. Surtout en ce moment précis…

Je veux de nouveau ressentir sa chaleur. Je veux voir avec lui l'avenir, me battre à ses côtés si besoin est, le protéger, l'aimer, vivre tout simplement. Voir notre avenir, ensemble. Est-ce trop lui demander? Acceptera-t-il mon amour ou se contentera-t-il de notre amitié?

Mais moi je désire plus. Pour une fois je désire ne plus souffrir et connaître un moment de bonheur. Et ce n'est qu'auprès de lui que je le trouverai. Mais, je ne sais même pas si j'ai encore son amitié. Peut être sera-t-il indifférent et froid envers moi et ce sera la punition des Dieux pour mon attitude envers eux…

There's no need for you to hide

Je tourne de nouveau mes yeux vers son visage si beau. Il a toujours était d'une beauté à couper le souffle, représentant la beauté grecque vantée et sculptée par les plus grands artistes Grecs. Un Dieu… Il ressemble à un Dieu et il en a la prestance et le caractère. Mon cœur fond en le contemplant. Mais ses yeux sont toujours aussi inexpressifs et cela m'affecte.

Je caresse lentement ses cheveux et insensiblement, elle se dirige vers son front. Du bout des doigts je trace la courbe de son visage avant de caresser ses sourcils. Mes doigts suivent la moindre courbe de sa peau, tel un aveugle. Elle est si douce et dégage une telle chaleur! 'Par Athéna… Comment ai-je réussi à ne pas te toucher durant toutes ses années? Maintenant, cela devient impossible de ne pas le faire. Je ne peux plus m'arrêter.' Il faut que mes doigts apprennent à le connaître.

Mes doigts ne suffisent plus. Je presse ma paume sur son front. Ma main descend sur sa joue et je la laisse. Jamais auparavant je n'aurais fait de tels gestes envers lui. Je réprimais tous mes gestes, tous mes sentiments pour son bien. Pour le mien. Car les sentiments me sont interdits, comme ils le sont pour tous les Saints. Mais combien de fois m'a-t-il dit qu'il fallait que je suive mon cœur et mon instinct? Je ne sais plus, mais il souffrait et je ne pouvais rien pour lui. J'avais trop peur de souffrir encore plus.

Cependant, maintenant, je ne peux plus me taire. Il faut que j'aille de l'avant, quitte à tout perdre, même son amitié. Mais, je l'ai certainement déjà perdue. Pourtant, rien n'est sûr et comme tous les êtres humains, je me raccroche à des suppositions positives pour ne pas souffrir.

L'espoir…

Cependant, j'ai besoin de certitudes. Se mentir, c'est se cacher, se voiler la face et je ne le veux plus. Je ne veux plus lui mentir. Je veux le connaître. Je désire qu'il me laisse une chance de me rattraper, d'effacer ces années de gâchis.

J'ai de nouveau la possibilité de vivre, de le voir, de lui parler. Je n'ai pas le droit de rater cette chance qui m'est offerte. Mes sentiments pour lui, je dois les lui donner, les lui offrir. Il a mon cœur et mon avenir entre ses mains. Personne ne les avait auparavant et il est le seul que j'autorise à décider de mon existence.

Un pari fou…

'Je voudrais tant savoir ce que tu ressens pour moi… Seulement de l'amitié ou de la fraternité?' Je veux autre chose de lui. Je veux son amour. Je l'exige, ne voulant prendre en considération ses sentiments.

'Je t'en prie! Souviens-toi de moi!!!'

J'ai besoin de savoir. J'ai l'impression de ne vivre que pour cela. Avoir enfin cette réponse. Pourtant, je sais que je suis sur la lame tranchante d'un sabre, comme celui que je garde dans ma chambre.

Sa réponse me permettra de continuer à croire en l'Homme, en moi… 'Je t'en prie, aide-moi…'

Je serre sa main plus fortement. Un éclair de douleur traverse ses yeux bleus et je me mords les lèvres. Je le fais souffrir alors que c'est la dernière chose que je souhaite. Je me force à desserrer mon étreinte. Mais cela me coûte…

Cry alone anymore 'cause I will

Share my life with you

Je déglutis avec difficulté. Je ne sais toujours pas s'il a retrouvé la mémoire ou pas, si nos souvenirs ont traversé son esprit. Toujours aucun geste de sa part. Aucune lueur de reconnaissance. Il est froid, indifférent. C'est comme s'il me rejetait. Me punit-il pour ma trahison? Pour mes trahisons? Je l'ai trahi tant de fois, je l'ai toujours fait souffrir.

Ma présence seule le fait souffrir. Je m'en rends compte maintenant. Je n'aurais jamais dû m'attacher à lui. Je n'aurais jamais dû l'approcher… Maintenant qu'il peut enfin être lui-même, il veut certainement tout recommencer et m'effacer de ses souvenirs.

J'ai l'impression qu'on m'arrache ce cœur qui commençait à battre de nouveau. Ce cœur qui est désormais libre, qui ne connaît plus la peur de s'attacher à un autre. Il saigne et je ne peux rien faire pour l'apaiser. Seul cet être étendu qui me regarde peut apaiser mon mal. Toutefois, plus le temps passe plus j'ai la conviction qu'il ne le fera pas.

J'ai l'impression de me retrouver des années et des années en arrière où j'ai ressenti cette douleur atroce la première fois. Mais, elle n'était pas aussi intense. J'ai souffert dans ma vie, malgré ce que je suis. Ce n'est pas parce que j'étais un être à part que les souffrances morales m'étaient épargnées. Loin de là. Elles étaient certainement plus vivaces et plus intenses que les siennes ou que celles des autres.

Il a toujours voulu être fort, se montrer puissant et inébranlable et pourtant, je l'ai vu plusieurs fois pleurer. Il se cachait toujours pour le faire, comme s'il avait honte. Il se cachait de moi, car il savait ce que je pensais des larmes. Ces faiblesses que les Saints ne doivent pas avoir. Pourtant, parfois, c'était auprès de moi qu'il venait s'épancher, lui qui ne s'acceptait pas. Je ne comprenait pas son envie de pleurer.

Mais aujourd'hui… Je le comprends. Moi-même je veux verser des larmes pour apaiser ma peine, pour lui faire comprendre ce que les mots sont incapables d'exprimer. Mais je me retiens.

Lentement je me penche un peu plus vers lui. Mes cheveux cascadent sur sa poitrine, et certains viennent caresser son visage. Il est si près… Il est si loin… Je plonge mes yeux dans les siens, mais toujours aucune réaction de sa part, aucune reconnaissance.

"Je veux t'aider…" lui dis-je, mon souffle le faisant frissonner. De peur? Ou d'un autre sentiment? Je ne sais pas. Mon pouce caresse de nouveau sa joue alors que mon autre main serre la sienne. Je veux le rassurer, lui faire comprendre que je ne lui ferai aucun mal.

Je baisse la tête et mes lèvres frôlent les siennes. Je sens un frisson agréable et inconnu me parcourir et j'intensifie mon baiser. Je ne l'aurai peut être jamais. Je veux lui montrer à quel point mes sentiments pour lui sont sincères, à quel point il est important pour moi. Je veux avoir un souvenir de lui. Un seul et unique souvenir que je chérirai dans mon cœur le restant de mon existence.

Je suis en train de l'embrasser! Ses lèvres sont si douces, si appétissantes. 'Par Athéna, jamais je ne pourrai m'en passer, désormais. Il ne fallait pas que je goûte au fruit défendu, à cette pomme qui aurait perdu l'humanité, mais c'est trop tard et je sais que je souffrirai encore plus désormais… Mais pour l'instant…' Cela me semble un rêve, être le paradis. J'embrasse cet homme que je désire depuis des années. Il ne réagit pas. Ses yeux s'arrondissent et une lueur d'incompréhension luit dans ses pupilles bleues qui s'assombrissent. Il a peur. Il semble effrayé. De moi? Mon cœur se serre alors que mon corps désire plus. Mais, c'est son bien être qui m'est le plus important.

Je me relève légèrement, cessant ce baiser à sens unique. "Je t'aime" lui dis-je. J'ai l'impression qu'il a un mouvement de recul. Je le dégoûte. À quoi est-ce que je m'attendais? Je viens de tout perdre… "Je veux vivre avec toi" lui fais-je savoir en caressant sa joue, insistant, espérant le faire fléchir.

Aucune réaction si ce n'est ces yeux exorbités par un sentiment que je n'arrive pas à définir, mais qui me condamne.

Mon cœur vient d'être transpercé. Je connais ce message. Il n'a plus confiance en moi. Il n'aura plus jamais confiance en moi. Je lui fais horreur. Le coup de grâce arrive soudain, lorsqu'il détourne la tête et regarde par la fenêtre.

Je viens de tout perdre…

This world can be so tough when you're alone….

Lentement, je caresse une dernière fois sa joue et je retire ma main avec regret. Il est assez gêné. Je l'ai sali. Je l'ai blessé. Encore une fois. Comme toujours. Je le sais. Je le sens. Étrangement je parviens à ressentir les sentiments qui l'animent alors qu'auparavant je n'y arrivais pas. Il est si vulnérable désormais..

Je déglutis et baisse les yeux. Je suis condamné à rester seul. Je l'ai toujours été au fond de moi. Cependant, j'espérais qu'avec cette nouvelle vie qui m'était offerte je pourrais m'ouvrir aux autres et vivre avec lui. Mais, il a tranché. Ce n'est pas possible… Je vivais pour une chimère…

C'est si dur! De vivre seul, de tout supporter seul. Depuis que j'ai reçu mon armure, je suis seul, encaissant tous les coups durs, les gardant en moi, sans me plaindre, pour le bien des autres. Mais, le sacrifice que j'ai fait, la perte de mon âme pour aider Athéna à vaincre ne m'ont conduit qu'à une solitude encore plus amère.

Toutes les difficultés rencontrées, j'aurais voulu les partager. J'aurais voulu supporter ses peines et ses souffrances. Mais j'avais déjà du mal à gérer mes propres problèmes. Et pour l'aider, je m'éloignais de plus en plus de lui. Pour le protéger de mes sentiments et de mes horreurs.

Je ne veux pas le laisser seul. Pourtant, que puis-je faire suite à son refus? Je ne suis pas la personne qu'il désire. Une autre l'attend, peut être, quelque part. Une personne qui lui est en tout cas destinée. Mais ce n'est pas moi. J'étais fou de penser que je pouvais me faire aimer de lui ou d'un autre. Personne ne peut m'aimer.. Personne ne peut m'aider… Je dois affronter mon avenir seul… Même son amitié m'est désormais refusée.

Je me mords les lèvres. Je ne ressens même pas la douleur physique. Elle est si moindre comparée à celle de mon cœur. Comment peut-on souffrir autant? Pourtant, j'avais cru avoir souffert avant. Mais, ce n'est rien comparé à cette douleur…

Je ferme les yeux. Je dois le quitter. Pour son bien, mais cela m'est si dur! La pensée de m'éloigner de lui me donne la nausée. Maintenant, je sais que je ne le reverrai plus, que je ne pourrai plus le toucher ainsi.

Encore une dernière fois. Le regarder, le toucher, puis je le laisserai à son nouveau destin et je suivrai le mien. Sans lui. Un destin terne qui ne vaut même pas d'être suivi. Athéna… Pourquoi? Pourquoi?!!!!

But you seem to be so far…. Oh tell me

J'ouvre les yeux et le contemple. Il est toujours allongé, la tête tournée vers la fenêtre à regarder le ciel bleu et les quelques hirondelles qui volent à tire d'aile, voltigeant pour attraper leur nourriture. Athéna, qu'il est beau ainsi! Mais, désormais, je ne pourrai l'admirer que de loin. 'C'est injuste! L'amour est injuste… Pourquoi est-ce que je suis de nouveau vivant si ce n'est pour souffrir encore plus? Pourquoi les Dieux me haïssent-ils ainsi? Pourquoi s'acharnent-ils sur moi?'

Il semble avoir oublié ma présence. Depuis son réveil, il n'a rien dit. Ce silence si étrange… Lui qui ne peut le supporter d'habitude… Ce n'est pas lui. D'un côté ce n'est pas lui et pourtant, au fond de mon cœur, je le sais. J'ai trop vécu auprès de lui pour le reconnaître. A-t-il lui aussi décidé de recommencer sa vie sur d'autres bases?

Mais alors, je l'ai totalement perdu… Ce n'est pas cet être étrange que j'aime, mais celui que j'ai connu lorsque je n'étais qu'un enfant, celui qui me soutenait, me faisait souffrir, m'apprenait patiemment. Celui qui était si vivant et aimé… Ce n'est plus lui… Cela ne peut être possible… Je refuse. Je veux le retrouver!!!

Mais, je ne peux plus rien pour lui. Il a choisi… Il a décidé de m'effacer de sa mémoire, et je me dois de respecter son choix. L'amour peut être à sens unique et faire souffrir. Je préfère souffrir que de le faire souffrir. Il a déjà assez enduré de peines et de souffrances ainsi.

Encore un sacrifice… Je détourne mon regard et je ravale la boule qui s'est formée dans ma gorge. Celui que j'aime n'est plus. Il est mort, définitivement. Même si celui-ci lui ressemble physiquement, il n'est pas celui pour qui mon cœur bat.

"Désolé…" lui dis-je. "Cela vaut mieux, n'est-ce pas? Que nous nous revoyons plus…"

Lentement, je retire ma main, libérant la sienne. La chaleur m'abandonne et c'est un froid glacial qui m'envahit soudain. Un froid avec lequel je dois vivre désormais. L'envie de pleurer m'étreint de nouveau et je me lève en fermant les yeux. Il faut que je parte d'ici, mais je n'en ai pas le courage. Je sens une humidité sur mes joues. Des larmes. Je ne peux plus les retenir. Elles n'apaisent pas ma douleur.

Je lui tourne soudain le dos. Je refuse de lui montrer ma déchéance, ma peine. Je ne veux pas qu'il ait pitié de moi. Cela serait encore plus insupportable. Je m'élance vers la porte…

Why you're crying now?

Mes yeux restent fixés sur le ballet des hirondelles. Ce baiser… Ce n'était qu'une illusion. Ce ne peut être lui. Il l'a fait pour que je retrouve la mémoire. Je ne parvenais pas à la retrouver, alors il a eu pitié et il a pensé qu'un choc me ferait me souvenir. Il a eu raison, mais en même temps ont ressurgi des souffrances que je ne voulais plus ressentir. Je le connais. Son visage, ses yeux ne m'étaient pas inconnus. Il tient une place bien trop importante dans ma vie. Trop grande…

Mais ce n'est pas lui… Cela ne peut être lui. Jamais il ne se comporterait ainsi. Mais même si c'est lui, je ne le comprends plus. Ce ne peut être lui. Jamais il n'aurait agi ainsi. Jamais. Ce n'est qu'un rêve, qu'une chimère que je poursuis depuis des années… Mais cela fait si mal!

Qui est cet être qui se joue de moi, qui dit m'aimer en prenant Son apparence? Certainement pas lui en tout cas. Pourtant, je ne me sens pas capable de retirer ma main de la sienne. Sa peau est tiède et si douce… Et cette chaleur ressemble tellement à la sienne alors qu'il n'était qu'un enfant et que je lui prenais la main.

Mes yeux me piquent. Je ne sais plus où j'en suis. Je suis censé être mort et voilà que je me retrouve dans mon lit, dans mon cadre familier et lui me tenant la main après m'avoir embrassé. J'ai l'impression de faire un rêve. Cela ne peut être possible. Est-ce le Paradis? Les Enfers ayant été détruits, il ne reste plus que cet endroit…

Pourtant, je ne mérite pas le Paradis. J'ai trop de morts sur la conscience. Après tout, cela était mon devoir. Mais si ce n'est pas le Paradis, alors qu'est-ce? Athéna… Où suis-je réellement?

Je l'entends parler et mon cœur se serre. C'est bien sa voix mais elle est empreinte d'une tristesse infinie. 'Non, ne me laisse pas', ai-je envie de lui crier et pourtant aucun son ne parvient à sortir de ma gorge. Je n'arrive même pas à entrouvrir mes lèvres. Je me sens si apathique et j'ai tellement mal. Seule sa main qui tient la mienne me réconforte et me permet de supporter cette douleur lancinante.

Je n'arrive même pas à tourner la tête et à le regarder. J'ai tellement peur de découvrir une réalité à laquelle je refuse d'être confrontée. Je me raccroche à ce semblant de rêve qui m'étreint et m'apaise. Seule cette chaleur m'indique que ce n'est peut pas un rêve. Mais, tout est si anormal… Ce n'est pas Lui… Mon esprit me crie que ce n'est pas dans ses habitudes. Mais, cette main, griffée, blessée et pourtant si douce…

Mais, il la retire et j'ai soudain froid. Je tremble. J'ai peur de retourner dans les ténèbres de mon cœur. Il est si noir et IL est ma lumière. Je me hais… Pourtant, il m'avait prévenu et je n'ai pas voulu l'écouter, voulant le rejoindre…

Je sens mon matelas bouger, comme si on venait d'ôter un poids. Il se lève. Il va partir. NON!!! Je tourne vivement la tête ne faisant pas attention à la douleur qui me déchire le cou et la tête.

J'aperçois ses longs cheveux rouges, ses larmes roulant sur ses joues si pâles. Il me tourne soudain le dos pour s'enfuir. Instinctivement et effrayé, je tends mon bras et j'attrape son poignet avant qu'il puisse m'échapper. Convulsivement, je serre son avant bras.

"Non! Ne me laisse pas!" J'ai hurlé malgré moi. Tout mon désespoir dans ce simple désir…

I'm standing by your side

Il ne se tourne pas, mais je le sens, je le vois trembler. Ses longs cheveux rouges cachent son visage, son dos. Ses cheveux qui m'ont toujours fasciné, qui font de lui aux yeux des autres un monstre et un être à bannir. Mais, il n'est pas ainsi. C'est un être blessé par la vie en partie à cause de son physique, pourtant, si agréable à regarder.

Malgré la tête qu'il a baissée, ses yeux fermés avant de vouloir s'enfuir, j'ai entrevu son regard d'homme détruit, son immense peine, sa confiance brisée. Pour qu'il exprime de telles émotions, il doit souffrir énormément en lui. Comme jamais. Pourquoi? Je ne comprends pas… Cela se pourrait-il que ce qu'il a avoué quelques instants auparavant était la vérité? Ce n'était pas le fruit de mon imagination?!

Mais alors….

Tout en tenant son poignet, j'essaie de me redresser dans mon lit. Malgré la douleur qui vrille tous mes membres, je m'assois et tire sur son poignet. Je veux attirer son attention. Je veux être plus proche de lui.

"Je t'en prie… Attends…" lui dis-je. Ma gorge me fait mal. Elle est sèche et j'ai soif. Mais ce n'est pas important pour l'instant. Je veux savoir. Je veux connaître la vérité. Enfin. Mais il ne se tourne pas…

"Regarde-moi…"

Je soupire. De mon autre main j'attrape son bras et je le tire à moi, le forçant à reculer vers moi. "Ne me laisse pas…" J'ai envie de me mettre à genoux d'entourer les siens et de le supplier. J'ai soudain peur de ne plus le revoir, de le voir s'éloigner à jamais de moi et de ce que je pourrais lui apporter. Lentement et tendrement, je caresse son poignet comme pour l'apaiser. Bien qu'il ait toujours refusé tout contact physique depuis que je le connais, dans de tels moments, il a toujours demandé inconsciemment de telles attentions. Et les seules qu'il a toujours acceptées étaient des caresses.

"Reste" lui dis-je en levant les yeux vers lui, espérant qu'il se retourne. Mais, il ne le fait pas et semble regarder le sol obstinément. J'ai mal. J'ai trahi sa confiance. Nous nous sommes trahis. Cette guerre Sainte a laissé tant de traces invisibles et pourtant si présentes et pesantes. J'ai peur de ne plus le retrouver, de ne plus retrouver un semblant d'amitié.

Je libère son bras et son poignet à contre cœur. Je réprime un sanglot. "Je suis un incapable…" dis-je en baissant les yeux. "Je te fais souffrir alors que je voudrais partager tant de choses avec toi…"

Je baisse la tête. Cette incompréhension entre nous qui existait déjà se fait de plus en plus palpable. J'ai envie de tout détruire et de mourir. Malgré tout, mes sens restent en alerte, écoutant le moindre bruit qu'il pourrait faire. Savoir s'il va partir… Mais aucun son… Rien… Il est vrai qu'il a toujours été silencieux, jusque dans ses déplacements.

Tell me why your tears are blue

Je sens mon matelas s'affaisser sous un poids. Je ne relève pas la tête. J'ai peur d'être déçu. Et si c'est lui, je ne veux pas qu'il me voit pleurer. Je ne veux pas qu'il ait pitié de moi. Je ne veux pas qu'il me considère comme un être faible. Il a toujours détesté les personnes faibles. Je ne veux pas qu'il me haïsse. Cela serait trop dur…

Soudain, deux mains fraîches se posent sur mes joues et me forcent avec tendresse à lever la tête. Je garde obstinément les yeux fermés et je sens mes larmes rouler sur mes joues, se perdrent entre ses doigts.

"Ne pleure pas" me dit-il avec une voix empreinte d'émotion.

J'ouvre les yeux et mon regard se raccroche au sien qui brille. Ses yeux rouges sont la preuve qu'il a pleuré. Qu'il est en train de pleurer. Je le savais. J'en ai la preuve.

"Pourquoi pleures-tu?" me demande-t-il.

"Je ne pleure pas…" dis-je le défiant. Il sourit comme jamais il n'avait souri. Un sourire si franc, si pur, reflétant son bonheur.

Au moment où je me demande pourquoi, je me sens transporter des années auparavant, lors de notre première rencontre. Les mêmes mots, la même question, la même réponse, des années après. J'en comprends soudain toute la nuance et l'implication de ce simple échange.

Recommencer… Recommencer une relation sans rien renier de ce qui s'est produit par le passé. Les bons comme les mauvais moments.

"Tes yeux sont si bleus" murmure-t-il. Je place mes mains sur les siennes. J'ai tellement peur de le perdre, de me réveiller de ce rêve si merveilleux. "Je me suis toujours senti attiré par eux. Ils sont le reflet de ton âme…"

Athéna!!!! Est-ce bien lui? Est-ce bien celui que j'espérais depuis si longtemps? Je lui ôte sa main droite et j'embrasse la paume. Il tressaille et je souris. Ses larmes continuent de couler et je ne sais que faire pour les arrêter. Il semblerait que rien ne puisse endiguer ses émotions qu'il a retenues si longtemps.

Mes larmes roulent sur mes joues, incapable de les contenir. Je ne savais pas qu'on pouvait ressentir tant de bonheur. Tant de bonheur!! Est-ce une récompense? Mais quelle récompense?! Oh Athéna!!! Les larmes sont synonymes de souffrances. Pour moi, pour nous. Alors pourquoi pleurons-nous de joie? Pourquoi mes larmes roulent-elles alors que j'ai envie de rire et de sourire?

And how to stop them too

"Non, je t'en prie, ne pleure pas" disons nous ensemble. Nous nous regardons et nous nous sourions. Notre complicité est de retour. Ses yeux qui exprimaient la tristesse semblent luire d'un nouvel éclat. Cette tristesse, cette nostalgie que je lui aie toujours connues disparaissent lentement.

"Je ne veux pas te faire pleurer, ni te faire souffrir. Je t'ai déjà tant fait de mal par le passé…"

Je secoue lentement la tête et ôtant ma main de la sienne qui se trouve toujours sur ma joue, je caresse sa joue mouillée. "Tu n'as rien fait de mal" lui dis-je, approchant mon visage du sien. Je veux me perdre dans ses yeux brun-rouge. "Bien que nous soyons puissants, nous ne pouvions aller à l'encontre de notre destin. Je t'ai moi aussi fait souffrir. Et quand j'y pense, je ne te mérite pas…"

"Ne dis pas de telles choses!" s'insurge-t-il.

"J'ai failli te tuer" dis-je, ma main descendant le long de son cou et entrouvrant sa tunique. "Je n'ai pas eu confiance en toi" poursuis-je en caressant de mon index la cicatrice qu'il porte sur la base de son cou. "Je n'aurais jamais dû douter de toi…"

"Mais… Tu pleures…" dit-il, consterné. "J'en suis la cause."

"Non, tu ne l'es pas. Je ne pleure pas parce que je souffre." Je caresse de mon pouce la paume de sa main. "Mais parce que je suis heureux…" Je me blottis contre lui, ma tête reposant au creux de son épaule. Il ne me repousse pas. Je respire son odeur. Une telle fraîcheur et un parfum si subtile s'en dégagent que cela m'apaise. J'entoure de mes bras sa taille. Il m'appartient… Je veux lui appartenir…

L'envie de verser de nouvelles larmes me reprend à nouveau. C'est beaucoup trop d'un coup. Mon cœur ne pourra pas supporter une autre émotion aussi intense. Ma résurrection, lui près de moi, lui m'avouant son amour, lui m'embrassant, lui me laissant me blottir contre lui….

Si la Mort m'a laissé un petit sursis pour connaître un tel bonheur, je suis prêt à lui faire allégeance. Athéna, que je l'aime…!!! Comment peut-on aimer autant!! Je l'aime comme un fou. Je me mords les lèvres et ferme les yeux.

"Que dois-je faire?" me demande-t-il près de mon oreille.

"Hein?" fais-je surpris.

"Je ne veux plus te voir pleurer. Cela ne te ressemble pas…"

Tell me what you want from me

Je ne lui réponds pas tout de suite. Je suis moi-même envahi par les souvenirs et les sensations qui sont trop intenses et je ne sais que lui répondre. Mais je sens qu'il est déstabilisé et perdu. Tout est nouveau pour lui. Je le sais. Lui qui devait taire ses sentiments, et ses émotions pour être ce qu'il est. Malgré sa froideur et son indifférence, je ne pouvais m'empêcher de l'admirer et de l'aimer. Je crois que je l'ai aimé dès notre première rencontre. Je ne pouvais plus me passer de lui. Il était devenu mon monde, mais nous ne vivions pas dans le même univers. Alors, j'ai tout fait pour me rapprocher de lui, pour lui voler des instants d'intimité, de joie et de souffrances. C'était pour le protéger que je suis devenu un Saint. Pour une raison personnelle, une raison qui le mettrait en colère s'il le savait. Je crois certes en notre Déesse, mais c'est pour lui que je me damnerais.

"Que veux-tu de moi?" Sa voix si grave et solennel me tire de mes pensées.

Je souris et je relève la tête. Nos yeux se croisent et lentement j'approche mes lèvres des siennes. "Je vais t'apprendre à embrasser…" dis-je en touchant du bout de ma langue ses lèvres fines, le taquinant.

Il est surpris et il recule. Je ne me formalise pas de ce refus instinctif. Je sais qu'il m'aime. Il me l'a avoué. Il n'avouerait jamais une telle chose s'il ne ressentait pas ce sentiment. Mais comme pour moi, tout va trop vite et nous perdons pied tous les deux. Or, plus que quiconque il a besoin d'être rassuré. Et ma dernière remarque a dû lui paraître ironique. Je lui souris.

"Tu es novice… Je veux t'apprendre qu'à travers un baiser, on peut faire passer ses sentiments…" lui dis-je en caressant sa joue, tendrement. "S'arrapo…"

"Je…" Il semble hésiter. Je ne le forcerai pas. Il a déjà fait de nombreuses concessions aujourd'hui. L'avoir près de moi me suffit amplement pour l'instant. Je lui caresse la joue, le rassurant et l'embrasse à la commissure droite de ses lèvres.

"Que veux-tu de moi?" requiers-je sérieusement. Je ne veux que son bonheur. Sa félicité est la mienne.

I'll do it just for you

"Je te fais confiance" me murmure-t-il à l'oreille tout en enlaçant ma taille, ne me quittant pas des yeux. Je ne peux quitter ses prunelles ne serait-ce une seconde. J'aime me perdre dans ses yeux brun-rouge où tant de sentiments et d'émotions transparaissent quand il se laisse aller… Comme maintenant…

Mais ce n'est pas la réponse que j'attendais. Comme toujours, il n'est pas explicite. J'attrape une des ses mèches rouges qui frôlent mon visage langoureusement. De mon pouce et de mon index je la caresse et la porte à mes lèvres. "Tu n'as pas répondu à ma question" lui fais-je remarquer.

Il ne dit rien et je sens un poids sur ma tête. Une main caresse ma joue, l'autre je la tiens dans une des miennes. Sa tête… Je me sens plus qu'heureux. Il m'accepte entièrement, mais comme d'habitude, j'ai un petit pincement car il élude encore une de mes questions.

"Qu'attends-tu de moi?" Je lève la tête dérangeant notre position intime et réconfortante.

"Je ne sais pas…" répond-t-il en baissant les yeux, honteux. "J'ai si peur…" avoue-t-il.

Cette confession lui coûte énormément. Je le sais. J'en suis d'autant plus touché. "J'ai peur, moi aussi" lui murmuré-je dans le creux de l'oreille. "J'ai peur que ce bonheur que je ressens soit détruit… Je n'ai jamais connu cela. Même lorsque je suis devenu un Saint…"

Il resserre son étreinte autour de ma taille comme s'il souhaitait me protéger, m'assurer de quelque chose. "J'ai peur de te faire souffrir..."

"Tu ne me feras pas souffrir…" lui garantis-je.

"Comment peux-tu en être certain?" me demande-t-il perplexe.

"J'ai confiance en toi. Je crois en toi et à tes sentiments" lui réponds-je en embrassant son cou. "Tant que tu me feras confiance, tant que je connaîtrai tes sentiments et tes pensées à mon égard, je ne souffrirai pas…"

Il ne dit rien, semblant réfléchir. Je baisse les yeux et écoute son cœur battre. C'est un son si agréable, si enivrant, si apaisant. Il a un cœur et pourtant, parfois, j'en doutais. Je déglutis. Je n'ai pas envie de briser ce silence.

"Je t'offre mon cœur et mon âme" me dit-il soudain.

Je sursaute et lève les yeux me dégageant un peu de son étreinte. "Que…" Je suis ému, encore plus que lorsqu'il m'a avouér m'aimer. Il m'offre sa vie. Il m'offre tout de lui!! Athéna!!! Il a tellement changé!!! "Tu as les miens" lui dis-je en posant sa main sur mon cœur. "Ils n'appartiennent qu'à toi et à jamais…"

"Tu ne devrais pas…"

"Tout comme toi…" Je l'embrasse sur la joue. "Je t'aime plus qu'il n'est permis de le faire…"

Just because I wanna see you smile again

Il sourit. Comme jamais. Le sourire que je me suis mis à aimer. Celui qui indique qu'il est heureux. Celui qu'il a donné alors que nous étions face au mur des lamentations. Mais, celui-ci est plus profond, plus spontané. Je dirais même plus pur. Je veux le voir sourire. Tout le temps. Son visage devient moins grave, plus juvénile, plus beau. Athéna, je ferais n'importe quoi pour le voir sourire ainsi le plus souvent possible…

"Tu es si beau" lui dis-je en caressant sa joue. "Tu l'es encore plus lorsque tu laisses tomber ce masque glacial…"

"Je ne le suis pas" fait-il en secouant la tête négativement. "Par contre, je me demande comment tu as fait pour ne pas être le modèle exclusif d'un artiste."

Je le regarde avec de grands yeux, ne comprenant pas ce qu'il veut me dire. Mais soudain, je me rends compte que c'était un compliment! C'était bien lui! Incapable d'aller au plus simple! Il faut toujours qu'il parle à l'aide de périphrases, comme pour se protéger. Mais c'est ainsi que je l'aime. J'aime tout en lui. Ses défauts, ses qualités. Je me mets à rire et il fronce les sourcils. Je ne m'en formalise pas et je serre sa main dans la mienne.

"Oh, non!!" Je lui donne un petit sourire. "Je te réserve mon corps, mon feu glacial" lui dis-je en lui faisant un petit clin d'œil. J'embrasse sa paume. "Je ne vis que pour toi. Depuis toujours…"

"Je…" Il est incapable de dire quoi que ce soit. Il baisse les yeux et resserre son étreinte avant d'enfouir son visage au creux de mon épaule. Mais j'ai eu le temps d'apercevoir la rougeur de ses joues. Il est adorable ainsi. Lui que rien n'atteignait auparavant, est désormais réceptif à mes mots, à mes gestes. Il m'attendrit.

Je profite de cette intimité pour plonger mes mains dans les flammes de sa chevelure. Elle m'a toujours attiré et elle m'a fait fantasmer pendant des années… Maintenant je peux caresser ses cheveux sans me préoccuper de sa réaction. Ils sont soyeux, souples et doux. J'enfouis mon visage et je grogne de plaisir. Il va me rendre fou… Il me rend déjà fou.

"Je veux te voir sourire plus souvent" dis-je. "Promets-le moi…"

Il ne me répond pas. Il ne dit rien. Mais cela ne m'inquiète plus comme auparavant. Obtenir une promesse de lui est un exploit. Mais j'ai confiance en lui. Je ne veux pas lui imposer une promesse quelconque. Je veux qu'il la fasse de lui-même. Et puis, il me donne son cœur et son âme… Je ne peux exiger plus de lui pour l'instant. Il a déjà fait tant de concessions aujourd'hui.

"Nous avons tout notre temps…Je ne t'oblige à rien. L'Amour n'est pas un sentiment forcé, mais partagé."

We can make it through

"Merci" murmure-t-il dans mon cou, me faisant frissonner. J'embrasse ses cheveux. Je n'arrive plus à m'arrêter. Je serais incapable de le lâcher. Depuis si longtemps j'attends ce moment. Être ensemble à jamais. Ensemble face aux difficultés, face à l'adversité. Ressentir les mêmes joies et les mêmes peines. Avant de ressusciter, je n'aurais jamais imaginé cela de lui! Surtout qu'il était si glacial et indifférent.

Mais la chaleur qu'il dégage, me prouve, qu'il n'attendait qu'une personne pour faire fondre la glace autour de son cœur, pour le faire revivre. Je suis heureux que ce soit moi… Je ne regrette pas d'avoir attendu si longtemps, d'avoir espéré… Malgré toutes les souffrances que nous avons eues, que nous nous sommes infligées, je suis prêt à revivre cette vie.

"Tu n'as pas à me remercier…" lui dis-je doucement en prenant son menton entre mon pouce et mon index.. Je lui relève la tête. "Je veux que tu saches que je t'aime. J'ai confiance en toi."

J'approche mes lèvres des siennes et lentement je les presse contre elles. Il ne fuit pas. Pourquoi le ferait-il? Ma main droite caresse sa chevelure alors que ma langue frôle ses lèvres. Il n'ouvre toujours pas la bouche, mais je sais être patient. Je ne veux pas le brusquer. Ma main descend lentement jusqu'à la nuque et tendrement je la masse.

Je sens ses mains dans mes cheveux et je souris, accentuant la pression de mes lèvres sur les siennes. Ma main sur sa nuque se fait plus tendre, plus lascive. Il gémit et il ferme les yeux, s'abandonnant. Il entrouvre enfin ses lèvres et je glisse ma langue dans sa cavité buccale à la fois si chaude et si fraîche. Elle caresse son palais et sa langue. Je le sens se tendre contre moi, mais il ne stoppe pas le baiser. Nos salives se mêlent et je gémis approfondissant cette communion charnelle.

Puis lentement, timidement, il répond à mon baiser, essayant d'imiter mes gestes. Mon bras enserre sa taille et le presse contre moi. Je sens ses deux mains sur mon torse dont une sur mon cœur. Il doit certainement sentir à quel point il bat vite. Puis, il enlace mon cou et notre baiser se fait encore plus profond.

C'est le paradis. Je n'aurais jamais imaginé qu'un simple baiser puisse me mettre dans un tel état. Je ne suis pas un novice. J'ai déjà eu des partenaires sexuelles pour apaiser mes pulsions meurtrières et mes fantasmes. Mais, je n'ai jamais connu un tel émoi. Je n'arrive pas à décrire ce que je ressens. J'ai l'impression de souffrir mais ce n'est pas de la souffrance. Loin de là. Je tremble, je frissonne comme jamais. Mon corps est à la fois décontracté et tendu.

Je l'entends gémir. De plaisir. Il n'interrompt pas notre baiser. Je le sens trembler et je me presse contre lui. Il doit être encore plus ému et perdu que moi. Je me penche et je tombe sur le dos, l'entraînant avec moi. Puis, je bascule sur le côté et me retrouve sur lui. Notre baiser continue et je me dis que si je dois mourir maintenant, ce serait la plus belle des morts.

J'étouffe et j'interromps notre baiser. Nos lèvres se séparent de quelques millimètres et je sens son souffle sur mon visage. Il est lui aussi essoufflé, mais il ouvre ses yeux et ils brillent d'un éclat sans précédent. Je lui souris. "J'espère que je t'ai convaincu…" dis-je en entourant une de ses mèches rouges autour de mon index droit. Il me regarde perplexe. "De la profondeur de mes sentiments pour toi" lui réponds-je à son interrogation muette.

"Je ne doute pas des tiens..." fait-il en frôlant du dos de sa main ma joue.

"Alors des tiens?" requiers-je un peu inquiet.

"Non plus."

"Alors, il n'y a pas de soucis à se faire. Et qu'importe les autres" conclus-je en embrassant le bout de son nez. "Pour une fois, soyons égoïste."

If we hold on ourselves

Il soupire et ferme les yeux pendant quelques secondes. "Je n'ai que faire du regard des autres." Il me repousse gentiment. Je veux encore être dans ses bras, sentir son corps contre le mien. Il s'assoit et jette un rapide coup d'œil à la fenêtre. Le soleil est sur le point de se coucher. Je me mets à genoux devant lui et lui prend une de ses mains. "Je suis plus fort avec toi" m'avoue-t-il en plongeant son regard dans le mien. "Les regards étranges, suspicieux ou autres glissaient sur moi sans m'atteindre lorsque tu étais à mes côtés."

"On est toujours plus fort lorsqu'on est deux" lui dis-je.

"L'union fait la force, n'est-ce pas?" dit-il avec un timide sourire. "Si nous ne sommes pas unis, nous ne pouvons aller jusqu'au bout. Nous n'aurions pas pu accomplir ce que nous avons accompli…"

Je le regarde. Je sais à quoi il fait allusion. Cela me fait mal. "Si tu m'avais fait un peu plus confiance, je n'aurais pas autant souffert alors que la Guerre Sainte n'avait pas commencé…"

Il baisse la tête fautif et j'en profite pour me rapprocher de lui. "Je suis désolé."

Le ton qu'il emploie me serre le cœur. Je n'ai aucun doute quant à son repentir. Il n'est pas le seul fautif. Je l'ai été moi aussi. "Tu n'as pas à être désolé, ni même besoin te justifier" lui dis-je dans un murmure au creux de son oreille. "J'ai moi-même pas eu confiance en toi, alors que tu souffrais des circonstances."

"J'étais un traître… Tu as eu une réaction normale…"

"Non! Justement! Je t'aime depuis si longtemps que j'aurais dû comprendre ce qui te motivait. Mais trop aveuglé par la colère et mes émotions, je t'ai trahi!"

"Ne dis pas ça" dit-il en prenant ma tête entre ses mains. "Ne dis plus ça, compris. Nous ne pouvons oublier, mais il ne faut pas que cela devienne un obstacle pour nous…"

Je lui souris et me glisse près de lui. "Tu as tout à fait raison. Comme toujours." Je secoue imperceptiblement la tête. "L'avenir nous appartient…" dis-je en l'embrassant sur la joue.

When times are hard, you have my shoulder

"Oui" souffle-t-il. "Je veux croire en lui, comme je crois en toi" continue-t-il en baissant les yeux sur nos mains jointes. "Je veux croire en quelque chose. Jusqu'à présent je me le refusais. J'avais trop peur…"

Il se tait. "De souffrir…" finis-je pour lui, le connaissant assez pour savoir ce qu'il ne veut pas dire. J'entrelace mes doigts aux siens. Il hoche simplement la tête. Je ne dis rien. Je peux en un sens le comprendre. Nous avons tous peur. Même une foi en quelque chose apporte peur et souffrance.

De mon bras libre j'entoure ses épaules et je l'encourage à appuyer la tête sur la mon épaule. Il ne résiste pas et c'est avec bonheur que je sens son souffle chatouiller mon cou. "Alors nous serons deux à croire en nous…" l'avertis-je en embrassant son front. "Désormais, aucun de nous ne sera plus seul… Nous sommes deux… Lorsque tu auras besoin de moi, je serai toujours là, comme je suis sûr que tu seras là pour moi."

Il ne répond rien. Je ne dis rien moi non plus. Nous laissons le silence nous envelopper. Moi qui avais toujours eu peur du silence, je l'apprécie, parce qu'il est là. Autrefois, le silence était synonyme de mort et danger. Maintenant, je l'associe à lui et à notre complicité, à notre amour.

Nous avons supporté seuls nos démons, notre vie dure faite de combats et de morts, de peines. J'en avais peur. Parfois, le matin je n'osais me réveiller car je craignais un nouveau malheur, un nouveau coup dur dans la journée. Une mission où j'aurais à tuer au nom d'une déesse. Mais grâce à lui, grâce à cet homme mystérieux je continuais à vivre. Je lui dois tout. Je fais partie de lui.

Désormais, nous serons deux. Deux à tout partager. Que pouvais-je espérer de plus? Ma famille ne pouvait m'apporter ce que lui pouvait. Je l'ai senti lorsque je l'ai rencontré la première fois. Il était mon feu, la flamme de la vie, celle qui me permettait d'être enfin moi. Il ne se rend pas compte de ce qu'il est, de ce qu'il a fait, mais cela vaut peut être mieux ainsi. Je me sentirais moins inférieur…

I believe in you

Je me coule derrière lui et m'assois. Je le prends des mes bras et enfouis mon visage dans sa chevelure de feu. Je veux qu'elle me réchauffe encore plus que le soleil. Mais, cela est impossible. Il ne bouge pas et reste silencieux. Le cri des hirondelles passant à tire d'aile brise ce silence intime, mais je ne leur en veux pas. Grâce à elles, je sais que ce que je suis en train de vivre est réel.

"Je t'en prie…" dit-il dans un souffle. "Je t'en prie…" répète-t-il.

Je hausse les sourcils ne comprenant pas ce qu'il désire. Me teste-t-il tel un professeur le fait avec son élève? J'ai soudain une appréhension, mais je me maîtrise. Je serre juste mon étreinte autour de sa taille.

"Aies confiance en moi…" me murmure-t-il. "Juste confiance en moi…"

Je secoue lentement la tête. "Personne ne m'ôtera plus la confiance que j'ai pour toi. Je t'aime et la confiance ne peut être dissociée de l'amour…"

"Mais la jalousie.."

"Aies confiance en moi…" lui dis-je en posant ma tête sur la sienne. "Je ne ferai rien qui puisse te blesser, dans tous les sens du terme…" Je soupire. "Je sais que c'est nouveau pour nous, mais nous parviendrons à une parfaite communion à condition que nous nous faisons mutuellement confiance."

"Tu as raison… Comme lorsque nous étions petits…"

"Je veux juste te demander une chose…"

Il ne rétorque rien et je ne sais si c'est pour réfléchir ou pour me signifier de continuer. Je n'arrive pas à le décider. "Laquelle?" demande-t-il sérieusement.

"Promets-moi de ne plus mourir avant moi…" Il se raidit et je resserre mon étreinte. "Je t'en prie. Cela fait si mal!!! Je ne veux plus revivre cela…"

Il ne dit rien. J'ai peur qu'il ne me réponde pas qu'il me laisse seul. Je ferme les yeux et j'écoute le battement de mon cœur, en attendant sa décision. Peut-il seulement comprendre ce que cela fait lorsqu'on perd quelqu'un qui nous est cher et que l'on doit vivre seul sans lui? J'en doute…

"Je vais essayer…"

"Non, promets le moi!"

"Je… te le promets…" dit-il d'une voix hésitante.

Mon cœur bat à la chamade. C'est encore une autre preuve de son amour. J'embrasse ses cheveux. J'ai de nouveau envie de pleurer. "Merci" lui dis-je.

"Je ne veux plus que tu sois triste.."

"Je ne le serai plus… C'est ma promesse… Tu me rends heureux… Les dieux vont être jaloux…" De nouveau le silence nous envahit et je soupire d'aise.

Because I know you were there. From way before….

Je me sens bien dans ses bras. Je tourne légèrement la tête pour rencontrer son regard si profond et si calme. Leur tristesse a disparu, laissant place à un sentiment que je ne connais pas mais que je vais apprendre à connaître et à apprivoiser.

Plus rien ne nous séparera. Plus aucune incompréhension. Même au delà de la mort, nous resterons ensembles. Il sourit et je lui réponds avec l'un des miens. J'ai retrouvé la personne que j'aimais et j'ai obtenu plus que je n'osais espérer. Son amour.

Je baisse les yeux et je le vois qui contemple le soleil qui se couche derrière les sommets entourant le Sanctuaire. Je me mets moi aussi à regarder ce spectacle de feu et de couleurs. Je serre celui que j'aime contre moi. Mon torse et mon abdomen épouse son dos. Mais j'ai l'impression qu'encore trop d'espace nous sépare.

Il place ses deux mains sur mes avants bras qui enserrent son torse. Il les laisse avant de laisser rouler sa tête dans le creux de mon épaule. Je me sens bien. Il a vraiment confiance en moi. Je ne remercierai jamais assez les dieux pour cela. "C'est magnifique" lui dis-je dans un murmure près de son oreille.

"J'aime les couchers de soleil quand tu es près de moi" m'avoue-t-il.

"Je sais que tu préfères les aurores…" fais-je en le serrant encore plus contre moi. "Je veux les voir toutes avec toi désormais…"

"Nous sommes si différents, si opposés… Comment peut-on s'aimer ainsi?"

"Ne cherche pas d'explication. Je ne veux pas en trouver une. Ta présence seule m'importe. Regarde… Tout comme ce soleil d'or qui se couche au milieu de ces nuages rouge feu, je pense que nous sommes faits l'un pour l'autre. Un coucher de soleil n'en est pas un sans les reflets rouges des nuages, et ces derniers ne sont rien sans le soleil…" Je l'embrasse dans le cou. Quelques uns de mes cheveux d'or se mêlent à sa chevelure rouge. "Nous pouvons nous comparer à eux…"

"Tu as toujours été auprès de moi…"

"Comme tu l'as toujours été pour moi. Nous sommes les opposés, mais nous sommes indissociables. Telle le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, le blanc et le noir… Nous sommes le yin et le yang…"

"Je le pense…"

"Je suis sûr que dans nos précédentes existences nous étions ensembles. Je le sens, Camus. Nos destinées doivent toujours se rencontrer. C'est pourquoi nous nous sommes reconnus ce fameux jour. Notre amour est infini, éternel…"

"Je t'aime, Milo" dit l'homme en levant la tête souriant. "Ne m'abandonne jamais…"

 

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